La Mère
"J'ai deux vies, mon autre existence, la vraie, elle est morte, et puis celle qui flotte autour de moi comme un cauchemar"
texte français Louis-Charles Sirjacq • scénographie Gérard Didier • lumière Dominique Bruguière assistée de Pierre Gaillardot • costumes Claire Risterucci assistée de Isabelle Paloyan • son Anita Praz • maquillages Cécile Kretschmar
avec Hélène Alexandridis • Vincent Dissez • Nathalie Grenat • Daisy Amias • Philippe Duclos • Antoine Régent • Manuel Mazaudier
Représentation : Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis.
Prix du Syndicat de la critique dramatique : Marc Paquien, révélation de la mise en scène, Hélène Alexandridis, meilleure comédienne de l'année.
Coproduction Théâtre Gérard Philipe de Saint-Denis, Centre dramatique national L'Intervention Nowa Polska-Saison Polonaise en France, avec le soutien de la DRAC Ile-de-France.
Janine Laspik, dite Baronne de L'Obrok, imprégnée de vodka et de morphine, tricote pour entretenir son fils Léon, intellectuel autodidacte et mégalomane, peut-être doué d'un certain génie.
Ce fils despote, qui devient par la suite maquereau et espion, sombrera dans la folie à la mort de la Mère, anéantie par le tricot, l'alcool, la drogue et l'ignominie.
Voilà, en quelques lignes, racontée l'anecdote de cette "pièce répugnante en deux actes et un épilogue", comme l'auteur lui-même se plaisait à la nommer.
Si La Mère est certainement une comédie, burlesque par bien des aspects, son intérêt réside aussi dans la volonté de Witkiewicz de créer un "théâtre métaphysique".
Un théâtre qui plonge le spectateur dans un état exceptionnel, inaccessible au quotidien, qui le rend capable de percevoir le mystère de l'existence; un théâtre sans référence au monde réel, au charme incomparable que seuls possèdent les rêves…
"C'est à Cracovie, alors que je suivais l'enseignement du metteur en scène Krystian Lupa, que j'ai découvert La Mère, pièce du grand auteur polonais Stanislaw Ignacy Witkiewicz (1885-1939). Claude Régy, il y a quelque trente ans, l'avait créée en France, dans une adaptation de Marguerite Duras. J'ai demandé une nouvelle adaptation à Louis-Charles Sirjacq, familier de l'écriture de cet auteur (francisant son diminutif polonais, Witkacy, ne l'a-t-il pas rebaptisé "Vite-Cassé"?). C'est en effet l'histoire d'une mère, terrible, et de son fils, Léon, rêveur affamé d'utopie, un personnage qui constitue un autoportrait vraisemblable de Witkiewicz. Il appelle de tous ses vœux un monde qui ne serait pas celui qu'il eut sous les yeux, quand régnaient le nazisme et le stalinisme, l'un et l'autre, en 1939, s'étant partagé son pays, la Pologne. Witkiewicz redoute par-dessus tout l'uniformisation de l'individu pris dans la masse, quelque chose un peu comme ce que nous nommerions, aujourd'hui, la globalisation. J'ai donc eu un vif désir de plonger dans cet univers sans logique, qui procède indéniablement de l'absurde, pris dans un sens philosophique fort. Witkiewicz n'a pas peur de la part d'ombre. Au contraire, il l'explore. On ne peut qu'être sensible à l'aspect métaphysique cauchemardesque de La Mère qui devient, au troisième acte, dit "épilogoïdal", une espèce de conte fantastique, où l'on voit comme des revenants les personnages des actes précédents. Du coup, on comprend beaucoup mieux pour quelle raison Tadeusz Kantor a tant fréquenté l'œuvre de Witkiewicz qu'il connut d'ailleurs en sa jeunesse."
Marc Paquien

