La Dispute

de Marivaux

Mise en scène Marc Paquien - Décors Gérard Didier - Lumières Dominique Bruguière, assistée de Pierre Gaillardot - Costumes Claire Risterucci, assistée de Céline Jean, Anne Yarmola - Son Anita Praz - Maquillages et coiffures Cécile Kretschmar, Nathy Polak - Assistant à la mise en scène Antoine Régent
Avec : Anne Caillère (Adine), Nicole Colchat (Carise), Noémie Dujardin (Églé), Éric Frey (le prince), Manuel Mazaudier (Azor), Élodie Moreau (Dina), Geoffrey Carey (Mesrou), Julie Pouillon (Hermiane), Antoine Régent (Meslis), Thibault Vinçon (Mesrin)

Représentations : Festival des Nuits de la Bâtie, Théâtre de la Croix-Rousse, 2007 : MC93 Bobigny, Théâtre de la Criée, tournée

Quatre enfants – Églé, Azor, Mesrin et Adine –, deux garçons, deux filles, ont été séquestrés dès leur naissance, emprisonnés dans une forêt. Chacun d’eux a grandi isolé du monde, ne connaissant que ses tuteurs, Carise et Mesrou. À l’origine de cette manipulation, expérience barbare, il y a la fameuse dispute entre le prince et sa maîtresse, qui rêvent follement d’avoir réponse à une question cruciale : l’inconstance vient-elle de l’homme ou de la femme? Le regard de Marc Paquien nous éclaire à nouveau sur ce sujet éminemment épineux et croustillant :
J’ai très envie de raconter l’éveil à la vie. Les jeunes gens de la Dispute vieillissent prématurément à cause du mensonge. Le mensonge, c’est la chose la plus naturelle du monde. C’est en mentant qu’on s’invente, qu’on se construit. C’est une chose qui m’émeut. Évidemment, eux, ils ne vont pas savoir utiliser le mensonge. Ils vont plutôt s’éteindre et se déconstruire à cause de leurs mensonges. On ne va pas essayer de répondre à la question «Qui de l’homme ou de la femme est infidèle», mais plutôt «Comment devient-on infidèle? et comment, peu à peu, la société, le XVIIIe siècle, les oblige à mentir et à se tromper eux-mêmes».
On va essayer de faire ce chemin-là avec mes complices habituels, ceux du Baladin du monde occidental.
J’aime beaucoup raconter des histoires à travers l’image. Le décor va parler de la question de l’œil. De qu’est-ce que c’est que voir l’autre.

La Dispute n’a été présentée qu’une seule fois au XVIIIe siècle. C’est seulement dans les années 1960 que Jean Vilar, Roger Planchon, Jean-Marie Patte, Patrice Chéreau ont permis de redécouvrir Marivaux d’une autre manière, de redécouvrir cette pièce très émouvante parce que drôle. C’est tout simplement une comédie sans morale. Marivaux n’est pas un auteur moraliste. En revanche, c’est un auteur de comédie. Je me suis beaucoup demandé pourquoi on ne parlait jamais de Dieu chez Marivaux. Et jusqu’à peu, je me disais : c’est bizarre, un auteur athée au xviiie siècle, c’est quand même assez étrange. Et puis un ami universitaire, spécialiste de Marivaux, m’a dit : «Tu es vraiment un fieffé imbécile. Marivaux est l’auteur le plus catholique du XVIIIe siècle. Simplement on ne parle pas de Dieu sur une scène de théâtre. Et c’est pour ça qu’on écrit des comédies.» J’aime bien penser à ça en ce moment, en travaillant la Dispute.
Marc Paquien, juin 2006